Emploi et chômage des jeunes en Afrique. L’entreprenariat comme option majeure

L’Afrique est un continent où vivent aujourd’hui environ 420 millions de jeunes de 15 à 35 ans, un chiffre qui devrait passer à près de 830 millions à l’horizon 2050. Selon les analystes de la Banque africaine de développement (BAfD), 11 millions de jeunes Africains arrivent chaque année sur le marché du travail. Seulement, on estime à 3 millions de postes l’offre globale des entreprises, d’où un fossé d’environ 8 millions d’emplois à combler chaque année.

Préoccupation majeure des gouvernements africains, le chômage de masse des jeunes force depuis plusieurs années à trouver des pistes d’avenir et des solutions durables. Parmi les éléments régulièrement proposés, on retrouve l’offre de formations appropriées, l’aptitude au travail et les compétences, la disponibilité d’opportunités d’emploi et d’entreprises dynamiques. La jeunesse représentant le plus grand atout de l’Afrique et le moteur d’une croissance économique durable, une diversification des opportunités et une autonomisation s’imposent nécessairement.

Les jeunes et l’entreprenariat

Dans son excellente étude « La jeunesse africaine face à l’entreprenariat : enjeux et défis », l’universitaire béninois Armand Akpa a réussi à démontrer que la solution pour juguler le problème du chômage des jeunes passe en très grande partie par l’entreprenariat. Sur la question, des avancées considérables ont été faites pour encourager l’entreprenariat des jeunes en Afrique mais ces derniers restent encore confrontés à de nombreux obstacles. Parmi ces obstacles, on peut citer : l’attitude de la société à l’égard de l’entrepreneuriat, le manque de compétences, l’insuffisance de la formation à l’esprit d’entreprise, le manque d’expérience professionnelle, l’absence de fonds propres, l’absence de contacts et barrières inhérentes au marché, les formalités plus lourdes et plus longues, le coût de démarrage, le capital minimum obligatoire et le manque d’accès aux informations particulièrement pertinentes pour les activités entrepreneuriales.

Pour surmonter ces obstacles, Armand Akpa est en accord avec la solution proposée par les gouvernements et les organisations internationales pour réduire le chômage des jeunes, qui est la promotion de l’entrepreneuriat, dont celle agricole, qui peut être une source stable d’emploi dans les économies fortement dépendantes de l’agriculture à court et moyen terme. D’ailleurs, sur la question de l’entreprenariat, il faut noter que les pays industrialisés ont une avance considérable par rapport aux pays africains. Au Québec par exemple, une étude menée par le Centre de Vigie et de Recherche sur la Culture Entrepreneuriale sur l’entreprenariat a montré que plus de la moitié de la population avait une vision positive de l’entrepreneuriat et 62,6% pensaient que créer sa propre entreprise était le meilleur choix de carrière. L’étude menée en 2011 précise que les jeunes sont ceux chez qui la culture entrepreneuriale était la plus développée car 38,3% d’entre eux préfèrent choisir l’entrepreneuriat comme choix de carrière.

La question est maintenant de savoir jusqu’à quel point l’entreprenariat contribue à la baisse du chômage chez les jeunes en Afrique. Le débat autour de ce point a largement été entrepris par les experts et selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), entre 1% et 6% des emplois créés annuellement le sont par de nouvelles entreprises. De plus, le quart de ces nouvelles entreprises porte l’empreinte de jeunes nouvellement arrivés dans le monde des affaires. Des chiffres optimistes et encourageants qui donnent raison d’y croire.

Voilà pourquoi de nombreux pays ont mis en place des programmes les incitant à développer un esprit d’entreprise. On l’a vu avec l’instauration d’une formation à l’entreprenariat dans l’enseignement secondaire en Afrique. Enfin, selon la Youth Business International et Global Entrepreneurship qui travaille énormément sur la question, la création d’entreprises permet à la jeunesse de quitter la précarité pour une meilleure intégration sociale et une contribution non négligeable à la croissance économique. Ce dernier volet a d’autant plus son importance que les jeunes entrepreneurs sont très actifs dans les secteurs à très forte croissance.

Entreprendre dans quelles filières ?

L’analyse et l’action de la Banque africaine de développement nous sont, ici, précieuses. Pour les experts de l’institution africaine, il faut renforcer la capacité des uns et des autres à traiter de la création d’emplois et de la situation de l’emploi en intégrant des considérations sur l’emploi des jeunes dans des systèmes de suivi-évaluation, de planification et dans des projets prometteurs en termes d’emplois. Il faut aider les pays du continent à adopter des politiques et à créer des institutions favorables à l’emploi en intégrant l’emploi des jeunes dans les processus de planification stratégique, en guidant les décideurs politiques et en offrant une assistance technique et financière pour la réforme des politiques et le renforcement des capacités. Il faut lancer des programmes-phares à travers le continent : des modèles axés sur la création de micro, petites et moyennes entreprises et sur l’acquisition de compétences dans des secteurs de haute priorité vont être adaptés aux contextes des pays et mis en œuvre en partenariat avec le secteur privé, évalués, affinés et amplifiés.

Deux secteurs sont particulièrement concernés : l’agriculture en créant de nouvelles micro-entreprises rurales, en donnant aux jeunes qualifiés les moyens de créer des exploitations agro-industrielles plus grandes, en fournissant un capital humain pour l’agro-industrialisation. Dans les technologies de l’information et de la communication : en renforçant la culture numérique et les compétences informatiques dans les écoles secondaires, en mettant en place des écoles de codage informatique qui enseignent des disciplines allant de la conception numérique de base aux langages de programmation avancée.

C’est donc en sortant des chemins battus que toutes les ambitions pour la baisse du chômage de masse et l’intégration des jeunes dans la chaine de développement et d’émergence, se réaliseront.



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